Des fosses communes dissimulées à Kanyosha renferment des victimes des massacres

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Des fosses communes sont dissimulées dans certaines localités. Une enquête RPA révèle  ainsi l’existence d’au moins quatre fosses communes renfermant plusieurs corps dans la zone Kanyosha en Mairie de Bujumbura. Les victimes enterrées dans ces fosses ont été tuées les 11 et 12 décembre 2015 lors des massacres consécutifs aux attaques de camps militaires. Ces fosses communes sont surveillées en permanence par des jeunes Imbonerakure affiliés au parti au pouvoir.
Ces fosses communes sont situées dans la zone Kanyosha, commune Muha de la mairie de Bujumbura. C’est à peu près à 12 kilomètres du centre-ville, en empruntant la Route nationale RN3 qui mène à Rumonge. D’après nos enquêtes, ces fosses communes se trouvent juste à côté du cimetière communément appelé chez ‘Padiri’, cimetière jouxtant à son tour des parcelles appartenant à un homme d’affaires influent proche du pouvoir.
« C’est à Kanyosha en bas de la 7ème avenue. C’est par là qu’ils m’ont fait passer, nous venions de Musaga. C’est en bas du cimetière chez ‘Padiri’ », nous confie une source qui s’y est rendue.
Selon des informations recueillies auprès de certains des jeunes Imbonerakure affiliés au parti au pouvoir, ces fosses communes étaient au nombre de six et très profondes, « chacune d’elle pouvant contenir entre 30 et 50 corps », ajoute notre source qui a requis l’anonymat pour sa sécurité.
 Cette même source indique que les victimes ont été enterrées le 13 décembre 2015, ce qui le fait affirmer qu’il s’agit des personnes tuées lors des massacres dans les quartiers qui ont suivi les attaques des camps militaires de Bujumbura. « J’ai vu trois véhicules approcher transportant plusieurs corps. Je me suis approché pour voir. J’ai même dû aider à les enterrer.
 C’était juste après les événements et je pense que les fosses ont été creusées le 12 dans la nuit car ils ont enterré les corps le 13, c’était un dimanche. Ils avaient creusé 6 fosses communes mais 2 n’ont pas été utilisés. On jetait les corps dans les fosses », révèle notre source.
Des véhicules de l’Etat utilisés lors du transport des corps
 Les fosses communes qui renferment les corps des victimes d’exécutions ont été préparées par des agents de l’Etat avec des moyens de l’Etat. Des jeunes Imbonerakure affiliés au parti CNDD-FDD, qui ont beaucoup aidé dans ce travail, nous ont confié que « les véhicules qui assuraient le déplacement appartiennent à l’Etat ». Une de nos sources révèle ainsi que certains des véhicules appartiennent à des responsables administratifs de la mairie : « il s’agissait des anciens véhicules qui avaient été donnés aux administrateurs communaux de Bujumbura », précise-t-elle.
Le jour de la préparation des fosses communes, il y avait une forte présence de main d’œuvre pour que tout soit fait rapidement et sans trace : « ils ont amené trois véhicules vers 16 heures. A 17h30, nous avions fini car nous étions nombreux », précise notre source.
 Lorsque les véhicules assurant le transport des corps des victimes arrivaient sur place à Kanyosha, « les militaires et policiers étaient sur leurs gardes pour s’assurer qu’aucun intrus ne s’approche des fosses communes », ajoute notre témoin.
Notre source se souvient que les corps étaient couverts de « beaucoup de sang ». Les victimes étaient à la fois des militaires et des civiles : « certains étaient en treillis militaires, d’autres avaient encore leurs cartes d’identité. C’était difficile de savoir d’où ils venaient tous, mais je les ai vus », affirme notre témoin.
Il se souvient aussi que les hommes venus superviser l’enterrement se vantaient d’avoir massacrés beaucoup de tutsis : « ils se vantaient en disant que les militaires ont été formés et que les tutsis tués sont plus nombreux que les hutus. Les militaires et les policiers assuraient la garde tandis que nous jetions les corps dans les fosses », poursuit notre source.
Les jeunes ‘’Imbonerakure’’ assurent la garde des fosses en permanence
 Toutes les victimes enterrées dans ces fosses communes étaient des hommes : « aucune fille ou femme ne faisait partie des victimes », nous révèle encore notre source. Après avoir recouvert les corps de terres, les ouvriers chargés de ce travail macabre devaient également remplir de terres deux autres fosses communes sur les six creusées qui n’avaient pas servies, ajoute notre source.
 Le lieu où se trouvent ces fosses communes est surveillé en permanence. « Personne n’est autorisé à s’en approcher ou même passer à proximité » prévient notre témoin. Ce sont des jeunes Imbonerakure du CNDD-FDD qui mènent cette surveillance.
Un de ces jeunes Imbonerakure nous a ainsi confié qu’après l’enterrement dans les fosses, ils ont eu droit à « de la bière et de l’argent en guise de récompense », de l’argent qui leur a été donné par les hommes venus superviser l’enterrement dans ces fosses communes. « On recevait entre 5.000 et 10.000 francs en fonction des affinités avec les responsables.
Certains sont ensuite allés prendre un verre à Musaga près de ‘chez Vyisi’, les autres ont pris un verre sur place à Kanyosha près de ‘chez Padiri’. Moi je suis rentré car j’avais très peur », ajoute notre témoin.
Pour les motiver, ils ont également été « autorisés » à percevoir de l’argent auprès des familles qui désirent creuser une tombe pour un proche décédé au cimetière dit chez ‘Padiri’ situé à côté des fosses communes. Au moindre soupçon sur la présence de l’une ou l’autre personne à proximité des fosses communes, ces jeunes Imbonerakure appellent rapidement et « un véhicule du service des renseignements arrive sur les lieux pour embarquer cette personne », conclut notre source.
Après l’attaque simultanée de quatre camps militaires de Bujumbura et Mujejuru, les membres des forces de sécurité de l’Etat ont mené des représailles sanglantes dans les principaux quartiers dits contestataires du 3ème mandat du Président Nkurunziza. D’après des témoins, plus de 200 personnes auraient été exécutées dans les quartiers, et plusieurs dizaines de victimes n’ont jamais été retrouvées.
 Des organisations internationales de défense des droits de l’homme, dont le Haut-Commissariat aux droits de l’homme ont documenté sur l’existence d’au moins dix fosses communes après ces massacres.