DECLARATION DU CNARED-GIRITEKA SUITE AU 18ème SOMMET ORDINAIRE DES CHEFS D’ETAT DE L’EAC

Suite à la tenue du 18ème Sommet ordinaire des Chefs d’Etat de la Communauté de l’Afrique de l’Est, le 20 mai 2017, à Dar es Salaam, en République Unie de Tanzanie, le CNARED-GIRITEKA voudrait porter à la connaissance de l’opinion nationale et internationale ce qui suit :
1. Dès l’annonce de ce sommet, qui est allé, de report en report, ce qui était déjà inquiétant, le CNARED a pris deux initiatives : la première a consisté à  adresser une lettre aux Chefs d’Etat de l’EAC, pour les alerter et les interpeller afin que ce Sommet puisse prendre des mesures urgentes et appropriées qui tiennent compte de la situation politico-sécuritaire et économique du Burundi qui se dégrade dangereusement et chaque jour davantage.
2. Le CNARED leur  demandait notamment de :
–  exiger à M.Nkurunziza d’arrêter de massacrer son peuple ;
– exercer toutes les pressions nécessaires pour que le pouvoir de Bujumbura accepte de s’asseoir, sans condition et dans les meilleurs délais, à la table des négociations avec l’opposition politique dans toute sa diversité ;
– interdire de manière formelle et sans équivoque à M. Nkurunziza de poursuivre sa marche forcée vers  la révision  de la Constitution; ce qui mettrait un coup d’arrêt définitif  au dialogue inclusif conduit sous leurs auspices.
– d’imposer embargo économique si M. Nkurunziza persistait dans son entêtement,   pour le contraindre à négocier.
3. La deuxième initiative a été la rencontre avec le Facilitateur, le Président Benjamin William M’KAPA, à la veille de ce Sommet, le 18 mai 2017. La délégation du CNARED  lui a réitéré les mêmes demandes que celles adressées aux Chefs d’Etat, en lui demandant de transmettre fidèlement ses préoccupations fort légitimes.
4. C’est donc avec une grande consternation que le CNARED a appris les résultats de ce sommet par rapport à la question burundaise. En effet, non seulement, les Chefs d’Etat   n’ont aucunement répondu à notre appel, pour venir en aide au peuple burundais en détresse depuis plus de deux ans, mais ceux-ci ont plutôt apporté leur appui au système criminel de M. NKurunziza et sa clique.
5. En exigeant de  l’Union Européenne qu’elle lève les sanctions contre le régime illégal et illégitime de Bujumbura, au seul motif que le Burundi fait partie de la « la famille EAC », qu’il fallait  préalablement consulter, le sommet  s’est rendu solidaire des violations massives des droits de l’homme commises par le régime de Bujumbura.
6.  Les Chefs d’Etat  auraient dû montrer à l’Union Européenne, respectueuse des droits humains et plus  compatissante envers le peuple burundais, les efforts fournis pour répondre aux conditionnalités posées par l’article 96 de l’Accord de Cotonou. Mais  leurs  Excellences savaient pertinemment que rien  n’a été fait  dans ce sens par Bujumbura. Loin s’en faut !
7. Par ailleurs, l’Accord de Cotonou engage et  lie chaque  pays signataire à titre individuel et c’est à chaque pays de répondre de  ses manquements par rapport aux engagements qu’il a pris lui-même. Il est donc difficile de comprendre l’esprit de cette démarche de vouloir intercéder en faveur de M. Nkurunziza, en faisant abstraction des crimes qu’il commet.
8. Le CNARED demande à l’Union Européenne d’évaluer sans complaisance l’évolution de la situation politico-sécuritaire et des violations des droits de l’homme au Burundi. Nous sommes sûrs qu’après cette analyse, les sanctions devraient non seulement être maintenues, mais plutôt renforcées et étendues.
9. En n’ayant aucune pensée envers les  milliers de Burundais déjà tués ou  portés disparus et d’autres qui croupissent en prison, en faisant fi des 500.000 réfugiés, dont la majorité sont dans la Sous-région, en ignorant la rhétorique génocidaire et les incitations aux viols collectifs distillés par le régime, le CNARED estime que les Chefs d’Etat ont manqué à leur devoir et obligation de protéger une partie des membres de leur famille. Cette famille se doit de protéger  les enfants contre les courroux d’un parent violent. C’est un devoir moral.
10. Notre déception est d’autant plus grande que le Président MUSEVENI de l’Ouganda, en sa quadruple qualité de  Médiateur dans le conflit burundais, de Président en exercice de l’EAC, de Président de l’Initiative Régionale  pour la Paix au Burundi et un des garants de l’accord d’Arusha, aurait dû prendre la mesure de la gravité de la situation  politico-sécuritaire qui prévaut au Burundi.  En conséquence, le CNARED comme les autres Burundais épris de paix  s’attendait à ce qu’il soit le premier à demander à M. Nkurunziza d’arrêter  ces violences massives et d’accepter de  s’asseoir à la table des négociations inclusives.
11. Dans pareille contexte, le CNARED est  en droit de douter  de la volonté  et de l’engagement réels de la Communauté de l’Afrique de l’Est  à aider le peule burundais meurtri à retrouver la voie de la paix, de la sécurité et de la démocratie.
12. Le CNARED demande spécifiquement  à l’Union Africaine et  aux Nations Unies de  continuer à suivre de près l’évolution de la situation au Burundi, qui risque de dégénérer dangereusement dans des violences de masses, comme l’indiquent les rapports les plus fiables des organisations de défenses des droits de l’homme. Il y a urgence à agir, demain, il sera peut-être trop tard. Il y va de leurs responsabilités et devoir de protéger.
13. Le CNARED demande au peuple burundais dans toutes ses composantes de rester uni et solidaire et de constituer une interethnique résistance citoyenne pour barrer la route aux visées criminelles de M. Nkurunziza et défendre leur dignité, leur droit à la vie  ainsi que l’Accord d’Arusha et l’Etat  de droit.
Fait à Bruxelles, le 23 mai 2017

Le  Président du CNARED

Hon. Charles NDITIJE

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