Lettre aux Chefs d’Etats et de Gouvernements africains réunis à Addis-Abeba, 29e Sommet de l’UA

Bruxelles, le 3 juillet  2017

A leurs Excellences les Chefs d’Etats et/ou de Gouvernements Africains réunis à l’occasion du 29ème Sommet de l’Union Africaine
à
Addis-Abeba

Objet: Cri de détresse pour venir en aide au peuple burundais

Excellences Mesdames, Messieurs les Chefs d’Etat,

Au nom de la plate-forme des partis  politiques de l’opposition burundaise, CNARED-GIRITEKA, nous avons l’insigne honneur de vous adresser la présente pour attirer votre bienveillante attention sur la grave crise multidimensionnelle que connaît le Burundis depuis plus de deux ans.

En effet, Excellences, vous avez tous suivi l’évolution de la situation politique du Burundi depuis la date historique du 28 août 2000, jour de la signature de l’Accord d’Arusha. Vous avez été témoin du retour massif des centaines de milliers de réfugiés, de l’intégration des mouvements rebelles dans les forces de l’ordre et de sécurité, du retour des hommes politiques en exil, de l’organisation des élections de 2005 et de la stabilité qui a suivi. Les résultats de ce processus de paix avaient été une fierté non seulement pour le Burundi, mais aussi pour l’Afrique entière.
Malheureusement,  vous êtes aujourd’hui des témoins oculaires de la descente aux enfers du Burundi depuis la date fatidique du 25 avril 2015, le jour où M. NKURUNZIZA a décidé de  briguer un mandat de trop que lui interdisaient l’Accord d’Arusha et  la Constitution qui en est issue.

La violation de cet Accord et de la Constitution   par  M. NKURUNZIZA a déclenché une situation de crise sécuritaire, politique, humanitaire, sociale et économique sans précédent pour le Burundi. En moins de deux ans, les organisations de défense des droits de l’homme enregistrent plus de 2000 personnes assassinées par des agents et des milices du gouvernement, plus de 1000 portés disparus, plus de 8000 prisonniers politiques et plus de 500.000 réfugiés, soit 4,5% de la population burundaise qui ont fui le pays.  Selon le récent rapport du HCR, le Burundi est devenu le 2ème pays, en Afrique, pourvoyeur de réfugiés dans les pays voisins, déstabilisant ainsi la paix  et la stabilité des peuples de la Sous-région ! Rien d’étonnant qu’il soit, depuis l’année dernière, le pays le plus pauvre de la planète.

Excellences Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat,

Les rapports les plus fiables indiquent clairement que le Burundi peut basculer dans ce que certains qualifient d’« atrocités de masse », au moment  où d’autres parlent carrément d’un « génocide à compte-gouttes » qui est déjà en cours d’exécution. Le récent rapport  du Conseiller du Secrétaire Général des Nations Unies pour la prévention des crimes de génocide, tout comme le 44ème rapport du Conseil des Droits de l’Homme des Nations unies sont suffisamment étoffés et confirment   malheureusement nos craintes.

Nous sommes d’autant plus préoccupés que toutes les pressions, tous les efforts consentis par vos Excellences, l’Union Africaine et les Nations Unies se sont avérés inefficaces et sans effet pour  infléchir Monsieur Nkurunziza. A cela s’ajoute le refus des négociations inclusives par le pouvoir de Bujumbura et la volonté obstinée de M. Nkurunziza à vouloir amender rapidement la constitution pour enterrer définitivement l’Accord d’Arusha ,avec comme objectif de briguer des mandats à l’infini et de mettre  fin aux équilibres ethniques de partage du pouvoir.

À chaque fois, M. NKURUNZIZA brandit la souveraineté nationale pour refuser ce qu’il appelle toute ingérence étrangère. Nous déplorons qu’il use de cette même souveraineté pour torturer, tuer, violer et exiler les populations qu’il devrait protéger !
C’est au nom de sa souveraineté, à lui, qu’il refuse la mise en application de toutes les résolutions prises par l’Union Africaine et les Nations Unies, jusqu’à refuser l’entrée sur le territoire burundais d’une mission d’enquête envoyée par les Nations Unies évoquant une conspiration étrangère dont le Burundi serait victime pour des raisons connues par lui seul.

Pourquoi Pierre Nkurunziza n’accepte-t-il pas que les enquêteurs constatent eux-mêmes cette  victimisation dont il se réclame ?  Sans nul doute, il est évident qu’il veut continuer ses crimes sans témoin. Ce qui fait encore plus mal, le monde semble s’y habituer et s’y conformer.

Excellences Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat,

Nous saluons les efforts déjà déployés par vos Excellences, mais nous estimons que vous pouvez faire plus si vous gardez constamment à l’esprit à  que vous êtes les garants de la paix et de la stabilité des peuples africains et non de ceux qui, parmi vos collègues, les déstabilisent.  Nous vous demandons de prendre vos responsabilités pour ramener la paix et la sécurité à l’instar de ce que vous avez fait pour la Gambie.

Nous sommes dans une période de l’année où beaucoup d’Etats africains fêtent les indépendances de leurs pays respectifs. Beaucoup de héros africains sont morts, luttant contre l’envahisseur occidental qui malmenait les populations africaines et s’accaparait de leurs richesses. Actuellement, Pierre Nkurunziza malmène son peuple au vu et au su du monde entier, nargue toutes les Organisations internationales sous l’œil impuissant des garants de la Paix des peuples africains que Vous êtes !

Excellences Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat,

Nous vous demandons avec insistance  de répondre de manière responsable et autonome à l’appel solennel que vous a lancé Monsieur le Secrétaire Général des Nations unies, lors de la dernière réunion du Conseil de Sécurité, à savoir prendre les mesures qui s’imposent pour  protéger le peuple burundais qui se fait massacrer par le pouvoir de Nkurunziza.
Nous vous exhortons également à faire bon usage des instruments que vous donne  la Charte Africaine de la Démocratie et de la Bonne gouvernance.
Le retour de la paix et de la sécurité au Burundi passe par des négociations inclusives et sans condition entre le pouvoir de facto de Bujumbura et toute l’opposition. Pour donner des chances à processus  que nous souhaitons de tous nos vœux, il est impératif de lui créer un environnement politique et sécuritaire favorable.

Celui-ci  doit passer par l’arrêt immédiat de toutes ces violences  et violations massives des droits de l’homme. Avec ou sans l’accord du Gouvernement, vous devriez prendre des mesures qui s’imposent pour imposer la paix. A partir du moment où les services de l’Etat chargés d’assurer la paix sociale et la sécurité des citoyens dans leur intégrité physique, morale et dans leurs biens, sont les commanditaires et auteurs des tueries, des tortures, des exécutions extrajudiciaires, des viols, des enlèvements, des exilés, il s’impose une intervention extérieure pour faire cesser ces exactions. Excellences, Il y va de votre devoir et responsabilité  de protéger.

Nous vous exhortons  d’exiger de M. Nkurunziza le respect de l’Accord d’Arusha, en lui interdisant formellement la révision en cours   de la Constitution; ce qui mettrait un coup d’arrêt définitif  au dialogue inclusif que vous conduisez  par le biais de la Communauté de l’Afrique de l’Est à qui vous avez confié cette lourde responsabilité.

Dans votre obligation et devoir de protéger une partie de votre  communauté en voie d’extermination, vous devez tout faire pour éviter  la répétition des drames du passé.

Comptant sur votre ferme engagement dans la stabilisation du Burundi et de la sous-région,  nous  vous prions d’agréer, Excellences, Mesdames, Messieurs les Présidents, les assurances de notre plus haute considération.

Pour le CNARED-GIRITEKA

Pr. Charles NDITIJE,

Président

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